Cuba accueille le Mondial : un souffle d’espoir au cœur de la crise

A Cuba, le Mondial, une parenthèse bienvenue au milieu de la crise
A Cuba, le Mondial, une parenthèse bienvenue au milieu de la crise

Le duel Maroc‑Brésil de la Coupe du Monde 2022 a enfin illuminé les écrans cubains, la télévision d’État diffusant le match deux jours après le coup d’envoi initial.

Premières images à La Havane après un différend de droits

Un graffiti « Tu dois être heureux » orne un immeuble en ruine, rappelant que les habitants ont choisi d’oublier leurs préoccupations le temps de la rencontre. La diffusion, retardée à cause d’un litige de paiement de droits télévisés, a marqué la première fois que le public haïtien a pu suivre le Mondial sur le réseau public.

Une soirée de football improvisée dans un petit café

Dans le quartier animé de Centro Habana, une quinzaine de cubains serrés sur des tabourets ont observé le match sur un écran mural exigu. Ismael Veranes, responsable des ressources humaines du Théâtre national, y est venu après vingt heures d’obscurité chez lui, ne se permettant qu’un verre de jus de fruit pendant le jeu. À proximité, Michael, neuf ans, et sa sœur Meiliuvis, dix, dribblaient un bouchon de bouteille sous le regard du portrait de Che Guevara.

Blocus énergétique et coupures d’électricité récurrentes

Soumis depuis plus de quatre mois à un blocus pétrolier américain, Cuba lutte avec un réseau électrique vieillissant, ce qui entraîne des délestages continus. Les spectateurs, même dans les cafés modestes, subissent des pertes d’image périodiques, rappelant la précarité quotidienne décrite par le directeur Veranes : « Le soir, il fait chaud, il y a des moustiques, c’est terrible ».

Transition culturelle : du baseball au football grâce à internet

L’île, historiquement consacrée au baseball, voit la génération connectée à internet mobile depuis près de dix ans se tourner vers le ballon rond. Osmany, père de Michael, explique que les enfants préfèrent désormais le football, phénomène accéléré par les réseaux sociaux qui diffusent les matchs et les moments forts du Mondial. Même les terrains de jeu, décrits comme « très dégradés », deviennent des espaces d’évasion temporaires.

Inégalités d’accès aux retransmissions en pleine crise

Seuls les bars dotés d’un câble, où les consommations restent hors de portée pour la majorité, proposent la totalité des rencontres ; la plupart des habitants se contentent de se rassembler sur les trottoirs ou de capter brièvement le signal. Dans le quartier plus aisé du Vedado, les bières à un dollar coulent à flot devant un centre culturel décoré de fanions, tandis que des rangées de 4×4 attestent de la présence d’une frange de la population plus aisée. Malgré cela, les rediffusions se figent régulièrement, suscitant le mécontentement des spectateurs.

Victor Díaz, biologiste de 24 ans, résume l’effet du Mondial sur la population : « Avoir quelque chose qui allége un peu tous les fardeaux quotidiens, c’est incroyable ». Cette phrase capture le besoin d’évasion partagé par les Cubains, témoignant de la façon dont le football transcende, même brièvement, les difficultés imposées par le blocus et les pénuries.