Yamaha reste le fabricant le plus en retrait du MotoGP 2024, ses pilotes Fabio Quartararo et Jack Miller affirmant qu’ils n’ont aucune marge pour attaquer en course.
Depuis le lancement du nouveau V4, la machine japonaise peine à exploiter son plein potentiel, ce qui se traduit par des performances en deçà des quatre autres constructeurs engagés.
Un virage technique illusoire
En 2024, Yamaha a abandonné le moteur à quatre cylindres en ligne au profit d’un V4 identique à ceux de ses rivaux, afin d’acquérir une expérience précoce avant la réduction de cylindrée prévue pour 2027. Cette transition a contraint les ingénieurs à repenser le châssis, la suspension et l’aérodynamique, laissant la moto actuelle sans réelle mise à jour depuis le début de la saison.
Le projet, censé servir de banc d’essai, se heurte à des problèmes de jeunesse persistants : manque de traction, réponse moteur hésitante et difficultés d’optimisation du freinage.
Quartararo face à un plafond de performance
Fabio Quartararo, qui a tout de même atteint la Q2 à cinq reprises et les deux premières lignes à trois occasions, décrit son pilotage comme “très différent” sur la Yamaha M1. Selon lui, la moto atteint rapidement son plafond en course, alors que les qualifications permettent de repousser les limites davantage.
« En qualification je peux pousser très loin, mais dès le sprint de la course, la marge disparaît, on se contente de glisser et de freiner », précise le Français, soulignant que le faible grip des circuits, à l’exception du Mans, accentue ce problème.

Miller met en cause la puissance brute
Jack Miller, pilote de l’équipe Pramac, partage le même sentiment de frustration mais le relie surtout à un déficit de puissance estimé entre 15 et 20 chevaux. Il explique que le manque de puissance se traduit par un retard de freinage d’environ 15 mètres et oblige le pilote à anticiper l’accélération plus tôt que ses concurrents.
Lors d’une séance de qualification au Sachsenring, Miller a observé que la Ducati de Marc Márquez exploitait mieux la motricité en sortie de virage, « sa moto mordait le sol davantage, pas seulement grâce à la puissance », a-t-il déclaré.

Analyse technique du nouveau V4
Le V4 introduit chez Yamaha possède un réservoir thermique et une distribution de couple différents de l’ancien en ligne, impactant la façon dont le pilote doit gérer le couple en sortie de virage. L’absence d’une cartographie moteur affinée se répercute sur la traction, surtout sur des surfaces à faible adhérence.
En parallèle, le châssis n’a pas bénéficié d’ajustements majeurs depuis le début de l’année, limitant la capacité à compenser les faiblesses du moteur par une meilleure dynamique de la moto.
Perspectives avant la règle 2027
Avec la prochaine réduction de cylindrée imposée en 2027, Yamaha devra accélérer le développement de son V4 pour rattraper le retard accumulé. Les pilotes espèrent que les leçons tirées de cette saison permettront d’améliorer la motricité et de récupérer la puissance perdue.
En attendant, chaque tour reste une lutte pour tirer le maximum de la configuration actuelle, où la différence entre la pole position et le milieu du peloton se mesure en quelques mètres de freinage et en quelques chevaux de marge.