Jacky Ickx décrit le cliché pris à Zobaba, au Niger, comme « la photo mythique du Paris‑Dakar 1986 », symbole d’une victoire historique pour Porsche 959 au milieu du désert du Ténéré.
Photographies, mémoire du sport automobile
Les images permettent aux passionnés de revisiter des époques disparues, mais elles laissent souvent de côté le contexte, les ressentis et les anecdotes que seuls les protagonistes peuvent expliquer.
Jacky Ickx, sextuple vainqueur des 24 Heures du Mans, a choisi trois clichés emblématiques pour révéler les coulisses de ses plus grands challenges.
Paris‑Dakar 1986 : l’aventure du tout‑terrain
Après la fin de sa carrière en prototype, Ickx a intégré le raid paris‑dakar 1986, aux côtés de Claude Brasseur, à bord d’une Porsche 959 spécialement modifiée pour affronter les 14 000 km du rallye‑raid.
La voiture a prouvé que la 911 pouvait être transformée en véhicule tout‑terrain performant, surprenant les observateurs qui n’imaginaient pas qu’une sportive remporterait le Dakar.
Pour Ickx, le dépassement du défi technique s’est accompagné d’une découverte culturelle : les oasis du Kaouar, les montagnes de l’Aïr et les rencontres avec les populations locales ont élargi son horizon au‑delà du simple « gagner, gagner ».

800 km Selangor 1985 : l’épreuve tropicale
Sur le circuit de Selangor, en Malaisie, la chaleur étouffante et l’humidité extrême ont mis à rude épreuve les pilotes et les machines. Ickx, aux côtés de Derek Bell, a partagé les relais sur une Porsche officielle, tandis que Jochen Mass pilotait la seconde voiture de l’écurie.
Les deux pilotes ont dû plonger leurs mains et leurs pieds dans des bacs remplis de glace pour contrer la déshydratation, les gourdes n’étant pas encore autorisées entre les arrêts.
Cette image montre les deux hommes épuisés mais déterminés, illustrant le prix physique des courses d’endurance des années 1980.

24 Heures du Mans 1977 : la remontée de la Porsche 936
Aux côtés d’Hurley Haywood et de Jürgen Barth, Ickx a pris le volant de la Porsche 936 à 41e place, huit tours en retard après trois heures de course. La voiture, pourtant en proie à des pannes répétées, a bénéficié d’une fiabilité supérieure aux Renault favoris.
À chaque heure, le classement a grimpé, poussant les pilotes à passer d’une posture de poursuivis à celle de chasseurs, tandis que les mécaniciens ont réduit les temps d’intervention de 4’50 à 3’30.
La victoire, scellée après une nuit sous la pluie et le brouillard, a confirmé pour Ickx le concept de « sublimation collective », où l’ensemble de l’équipe dépasse les limites individuelles.

Ces trois instantanés, sélectionnés par le légendaire pilote, illustrent à la fois la technicité des machines, la rigueur humaine et l’ouverture d’esprit que suscite chaque grande épreuve automobile.