Mondial : la sélection iranienne appelée équipe des mollahs et reniée par son public

"C'est l'équipe des mollahs": au Mondial, la sélection iranienne reniée par une partie de son public
"C'est l'équipe des mollahs": au Mondial, la sélection iranienne reniée par une partie de son public

Des centaines de manifestants iraniennes ont envahi le SoFi Stadium dès l’avant‑match Iran‑Nouvelle‑Zélande, brandissant le drapeau pré‑révolution du pays pour dénoncer le régime de Téhéran.

Un flot de drapeaux antérieurs à 1979 envahit la scène

Devant les portes du stade, les opposants ont hissé un étendard noir, blanc, vert et rouge, orné d’un lion et d’un soleil, rappel du drapeau officiel avant la révolution de 1979. Ce symbole, jugé illégal par les autorités iraniennes, a été brandi comme cri d’indépendance et de démocratie.

Des tambours ont retenti, les slogans “Liberté pour l’Iran” et “Plus jamais d’ayatollahs” ont fusé, transformant la tribune en une plateforme de protestation politique au cœur d’une compétition sportive.

Les voix de la diaspora : entre soutien au football et rejet du régime

Parmi les manifestants, Ava Amin, étudiante en philosophie, a brandi une banderole réclamant un « changement de régime », affirmant que la Team Melli représente le pouvoir et non le peuple. Gilbert Gastin, irano‑américain exilé depuis deux décennies, a ajouté que soutenir l’équipe équivaut à soutenir les mollahs.

Des supporters, comme un ouvrier de 44 ans habillé d’un t‑shirt arborant le drapeau d’avant 1979, ont rappelé les milliers de morts lors des manifestations iraniennes de janvier, insistant sur la nécessité d’une démocratie.

FIFA, règles politiques et réactions du terrain

Malgré l’interdiction des signes politiques par la FIFA, plusieurs spectateurs ont maintenu leurs drapeaux et t‑shirts contestataires, selon des journalistes de l’AFP. Les agents du stade ont demandé à certains de les ranger sous peine d’expulsion, mais la foule de 70 000 places a laissé place à plusieurs centaines de porte‑flags.

Lorsque l’hymne national iranien a été joué, les huées se sont mêlées aux chants, rappelant une scène similaire au Qatar en 2022, après la mort de la jeune Mahsa Amini.

Logistique et pressions extra‑sportives sur la Team Melli

Initialement prévue à Arizona, la sélection iranienne a déplacé son camp de base à Tijuana, au Mexique, en réponse aux tensions géopolitiques liées à la guerre entre les États‑Unis, Israël et l’Iran. Les autorités américaines ont refusé des visas à une quinzaine de membres de l’encadrement, compliquant la préparation des trois matches de poule.

Le joueur Sardar Azmoun, troisième meilleur buteur de l’histoire de la sélection, a été exclu, apparemment à cause d’une publication sur les réseaux sociaux jugée défavorable à Téhéran, ce qui alimente les soupçons de sélection politique parmi les supporters.

Défis et attentes pour l’avenir de la Team Melli

Les supporters divergents restent partagés : certains, comme la cheffe d’entreprise Farideh Mansoor, insistent sur le mérite sportif des joueurs et demandent un soutien inconditionnel, tandis que d’autres, dont le comptable de 34 ans fan du FC Barcelone, doutent de la légitimité d’une équipe perçue comme instrument de propagande.

Au-delà du score 2‑2, la pression sociopolitique exercée sur la sélection iranienne montre que séparer sport et politique devient de plus en plus illusoire.

Alors que le tournoi se poursuit, la présence iranienne restera un baromètre de la tension entre les aspirations populaires et le contrôle étatique, chaque match offrant une nouvelle scène où s’affrontent sport et contestation.