Hervé Mathoux en immersion à Buenos Aires pour décortiquer le mythe argentin du football
Le journaliste du Canal Football Club, à la barre du documentaire « C’est pas grave d’aimer l’Argentine », a passé plusieurs jours dans les stades de la capitale sud‑américaine afin de saisir pourquoi la France se sent parfois « détestée » par les supporters argentins après la finale de 2022.
Des rencontres surprenantes, loin des clichés de rivalité
Interviewé aux côtés d’intellectuels, d’anciens footballeurs expatriés et de jeunes joueurs comme Ryan, originaire de Lille, Mathoux a constaté que les Argentin·es ne perçoivent ni la France ni leurs adversaires comme de véritables rivaux. Le Brésil, l’Uruguay et l’Angleterre demeurent les seules tensions historiques, l’Angleterre rappelant les Malouines et le match de 1986. Face à la question « perdre contre le Brésil ou la France ? », la réponse s’est imposée : le Brésil représente la vraie menace.
Une culture de la franchise, du « sans filtre », et du collectif
Le réalisateur souligne que les échanges verbaux sur le terrain restent confinés au match ; une fois le sifflet retentit, les joueurs partagent un asado et oublient les provocations. Cette approche, décrite comme « faire sortir l’adversaire de ses gonds », reflète une forme de compétition où le respect de l’espace-temps du jeu prime sur les insultes. Pour les jeunes comme Ryan, le surnom « el Colo » remplace le prénom, illustrant une norme où l’individualité s’efface au profit du collectif.
Au cœur du projet, Mathoux voulait répondre à la question fondamentale : « Faut‑il détester l’Argentine ? » Sa réponse n’est pas une validation du racisme, mais une mise en lumière d’un style de communication perçu comme brutal mais non malveillant. Les témoins argentin·es insistent sur la nécessité de se remettre en cause si leurs attitudes paraissent excessives, témoignant d’une auto‑critique rare.
Le rôle social du football se révèle crucial dans un État en retrait : les clubs restent des pôles éducatifs, des lieux de rencontre de quartier, préservés par le modèle des socios, à l’inverse du capital libéralisé du football brésilien. Carlos Bianchi, légende des années 70‑80 et ancien de Reims et du PSG, rappelle que les clubs argentins sont les garants d’une identité collective qui dépasse le simple résultat sportif.


En filigrane, la quête de Mathoux révèle que la véritable opposition représente le défi de préserver le football comme pilier social, bien au-delà des querelles de supporters.