Après plus de trois décennies d’inactivité, la unique McLaren MP4/8B, propulsée par le V12 Lamborghini, a fait irruption sur la piste du Goodwood Festival of Speed en juillet 2026, rappelant qu’elle aurait pu devenir une vraie rivale en Formule 1.
Des essais clandestins qui ont marqué 1993
En septembre 1993, Mika Häckinen a conduit la MP4/8B sur la portion « School » de Silverstone, où une explosion de moteur a projeté des débris sur Hangar Straight, selon les récits de Häkkinen et de Neil Oatley.
Les essais ont continué à Pembrey, puis à Estoril, où Ayrton Senna a exprimé son enthousiasme pour la sonorité et la puissance du V12, le qualifiant de « moteur qui réveille les pilotes ». Malgré un léger manque de fiabilité, le V12 offrait davantage de couple et, selon Oatley, environ trente chevaux de plus que le Cosworth V8 utilisé auparavant.
Neil Oatley : « Nous travaillions encore en pouces à l’époque ; le moteur a nécessité un allongement de 98 mm du châssis, mais les modifications d’inertie sont restées minimes. »
Pourquoi la McLaren‑Lamborghini n’a jamais couru en Grands Prix
Le réservoir de carburant, déjà limité, aurait dû être sacrifié pour loger un petit volume supplémentaire, ce qui n’aurait permis qu’une dizaine de litres additionnels – insuffisants pour finir une course. De plus, la consommation du V12 dépassait largement celle du V8, rendant la stratégie de course irréaliste.
Ron Dennis a, selon les dires de l’ancien vice‑président de Chrysler François Castaing, envisagé la collaboration comme un programme d’essais complet, mais le manque de soutien technique de Chrysler a freiné la mise en œuvre. L’accord a finalement cédé la place à Peugeot pour la saison 1994.
Dave Ryan : « La consigne était de ne pas pousser trop fort ; pourtant Häkkinen a battu le temps de Senna de 1,4 s, ce qui a surpris l’équipe. »
Le moteur V12 sous le capot : spécifications et adaptations
- Nom officiel : LE3512, 80° V12, 3.5 l atmosphérique.
- Puissance estimée : +30 ch par rapport au Cosworth HB, avec un fort pic de couple à bas régime.
- Modifications : allègement du bloc, réduction du carter de boîte, adaptation du système électronique TAG de McLaren, puis remplacement par MoTeC lors de la restauration.
- Deux spécifications différentes testées à Estoril, l’une comportant des arbres à cames révisés pour combler le creux de puissance.
Restauration et retour sur la piste en 2026
Paul Lanzante, spécialiste des voitures historiques, a dirigé les travaux de remise à neuf conjointement avec McLaren Racing Heritage, incluant le remplacement du moteur endommagé par un bloc remis à neuf par Langford Performance Engineering.
Les premiers shakedowns ont eu lieu sur l’aérodrome de Blackbushe, avec le pilote Rob Garofall, suivis par Bruno Senna et Karun Chandhok lors du Goodwood 2026. La voiture, revêtue d’une livrée blanche immaculée, a suscité l’attention du public comme aucune autre modèle de l’ère moderne.

Le système TAG d’origine a été conservé uniquement pour la version Cosworth, tandis que le V12 fonctionne désormais avec la boîte MoTeC, offrant une fiabilité suffisante pour les démonstrations publiques.
Le legs d’une collaboration interrompue
Les archives de McLaren ne contiennent plus les feuilles de chronométrage de 1993, mais les témoignages d’Oatley et d’Alain Marguet indiquent que Häkkinen aurait réalisé 1 min 21,08 s avec le V12, potentiellement plus rapide que le pole de Senna à Silverstone cette année‑là.
Si les contraintes de carburant et les incertitudes de soutien constructeur avaient été résolues, la MP4/8B aurait pu challenger les leaders du championnat, offrant à McLaren une alternative viable aux moteurs Ford et Peugeot.
La version restaurée, désormais exposée au McLaren Technology Centre, rappelle que même les projets les plus prometteurs peuvent finir en légende lorsqu’ils ne franchissent jamais la ligne de départ.