Des badauds à Bastia brandissaient des drapeaux espagnols et scandaient « Puta Francia » dès la fin du match France‑Espagne (0‑2), témoignant d’une joie publique inhabituelle après l’élimination des Bleus en demi‑finale de la Coupe du monde.
Fête de la défaite dans les rues corses
Le journaliste Julien Pernici a partagé sur X une série de vidéos où l’on voit des automobilistes ouvrir leurs portières pour laisser éclater des klaxons, tandis que des fumigènes crépitaient au crépuscule. Certains passants, munis de mégaphones improvisés, ont lancé des insultes telles que « Français de merde », reflétant la tension politique qui anime l’île depuis plusieurs décennies.
Un rappel du 2022
En décembre 2022, la même île a célébré la défaite de la France contre l’Argentine (3‑3, 4‑2 tirs au but) : des coups de feu de pétards, un concert de klaxons et des drapeaux hispaniques agitaient les fenêtres des voitures, sous le regard parfois perplexe des touristes. Cette récurrence montre que les manifestations de joie lors d’une perte nationale ne sont pas isolées.
Contexte politique corse
Rattachée à la France depuis 1768, la Corse revendique une plus grande autonomie à travers des partis comme le Femu e Corsica. Michel Castellani, figure du parti autonomiste, a été reconduit député de Haute‑Corse lors des législatives de 2024, consolidant la présence d’une classe politique locale favorable à l’autonomie.
Parcours législatif de l’autonomie
Le 23 juin, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture le projet de loi « Pour une Corse autonome au sein de la République », enregistré à 271 voix contre 202. Le texte, issu de l’accord du 11 mars 2024 entre le gouvernement et des élus corses, prévoit la reconnaissance d’un statut d’autonomie, avec des compétences d’adaptation et d’édition de normes. Le Sénat doit encore l’examiner, et un futur texte organique définira les domaines concernés.
Perspectives à l’horizon
Si le Sénat accepte le texte, la Corse disposerait d’un cadre constitutionnel pour exercer des pouvoirs législatifs limités, un pas de plus vers une gouvernance régionale distincte. Dans l’attente de la suite parlementaire, les scènes de Bastia illustrent combien la combinaison d’un résultat sportif et d’un débat d’autonomie peut transformer une défaite en une démonstration d’identité locale.