J’ai accéléré, il m’a bousculée : le manspreading persiste à la piscine

« J’ai accéléré, il m’a donné un coup » : même à la piscine, elles subissent du manspreading
« J’ai accéléré, il m’a donné un coup » : même à la piscine, elles subissent du manspreading

Des nageuses dénoncent un comportement masculin envahissant les lignes d’eau des piscines publiques, un phénomène que la journaliste Elodie Petit a baptisé « mansplashing ».

Quand le bassin devient espace de domination

Selon Elodie Petit, l’homme qui occupe la piscine se reconnaît à trois attitudes : il s’approprie l’espace, pousse sa performance au rang de justification et ignore la présence des autres, notamment des femmes.

Cette logique s’étend au-delà du simple harcèlement dans les vestiaires ; elle structure l’ensemble du comportement dans les couloirs d’eau, où l’objectif apparaît davantage comme l’affirmation de supériorité que l’entraînement.

Témoignages de nageuses en première ligne

Maëva, 29 ans, pratique la natation en club et décrit le même type d’agression lors de son dernier entraînement public : « les hommes s’emparent de la ligne, croient devoir doubler les femmes et n’ont aucune conscience de l’espace qu’ils occupent ».

Manon, trentenaire, ajoute que les « doubles tours en pleine tronche » et les avances non sollicitées renforcent une atmosphère hostile.

Géraldine, 38 ans, relate un incident où un nageur a volontairement percuté son coude, puis l’a suivie en la bousculant jusqu’à couper ses pieds, la traitant de « folle » visant à la placer en institution psychiatrique.

Stratégies pour contrer le “mansplashing”

Face à ces situations, Elodie Petit ajuste son planning d’entraînement, privilégiant les créneaux peu fréquentés comme le mercredi à 13 h, où la fréquentation se résume à « une mamie et aucune intrusion masculine ».

Géraldine préfère parfois éviter la confrontation directe, jugeant que les témoins restent passifs et n’interviennent pas en cas d’incident.

Des nageuses optent également pour les lignes réservées au matériel (palmes, plaquettes) afin de réduire les conflits de vitesse et de capacité à doubler.

Impact sur la pratique sportive féminine

Lorsque la proportion d’hommes dans la ligne des nageurs rapides augmente, les femmes, même plus rapides, sont contraintes de changer de couloir, limitant leurs performances et leur expérience.

Le recours à la « mise en place de l’ego dans les vestiaires » révèle une stratégie d’autoprotection où la priorité devient le plaisir de nager plutôt que la compétition agressive.

Perspectives et recommandations

Les récits collectés soulignent l’urgence d’une sensibilisation accrue des usagers des piscines publiques afin de rétablir le respect de l’espace partagé.

En attendant des mesures institutionnelles, la pratique de créneaux moins denses et la réponse factuelle et souriante aux comportements déplacés restent les leviers immédiats pour les nageuses.

Le constat demeure : le bassin public est encore le théâtre d’une lutte d’ego, dont la résolution passe par une prise de conscience collective et un changement de conduite au quotidien.