L’acoupa rouge, jadis omniprésent sur les marchés, les rayons et les menus de la Guyane, voit aujourd’hui ses captures légales s’effriter face à une pêche illégale grandissante.
Déclin des captures légales
Selon l’Ifremer, les navires autorisés débarquent environ 700 tonnes d’acoupa par an, chiffre qui s’inscrit déjà en dessous du pic de 2011 et se rapproche du niveau de 2006, époque où la pêche clandestine était moins intensive.
Le comité des pêches de Guyane, dirigé par Léonard Raghnauth, souligne que, il y a vingt ans, une sortie de cinq jours remplissait les cales ; aujourd’hui, la charge moyenne a drastiquement diminué.
Pêche illégale : l’ombre qui grandit
Fabian Blanchard d’Ifremer estime que la pêche illégale prélève entre 500 et 3 000 tonnes chaque année, soit une fourchette qui dépasse largement les volumes légaux et dont la quantification exacte reste difficile.
Les observations terrain décrivent des campagnes plus longues, des filets allongés, des mailles réduites et des débarquements de poissons plus petits, aucun indicateur ne pointant vers une amélioration.
Impacts sur les stocks et mesures d’urgence
La vessie natatoire, oreille de l’acoupa, se vend à près de 100 €/kg en Asie, alimentant la désinvolture des pêcheurs. L’opération Mokarran, menée du 23 février au 29 mars, a saisi six navires, 11 tonnes de poisson et 111 kg de vessies.
Malgré ces saisies, aucune mesure spécifique ne protège l’espèce ; les seules restrictions concernent les capacités de pêche des professionnels, laissant la pêche illégale hors du cadre réglementaire.
Débats réglementaires et enjeux européens
Tony Nalovic, biologiste marin, alerte sur un déclin déjà amorcé à l’échelle régionale et recommande l’instauration d’une réglementation dédiée à l’acoupa rouge.
L’Union européenne, responsable des quotas et des interdictions, ne différencie pas pêche légale et illégale, adoptant des chiffres globaux qui indiquent déjà une surexploitation, ce qui, selon Raghnauth, risque de sanctionner les acteurs respectueux des règles.
Perspectives et prochains rapports
Le comité des pêches prépare un nouveau rapport, suite à l’étude conjointe de 2024 avec le WWF et l’Ifremer, afin d’intégrer les allongements de filets et la réduction des mailles, signes d’une capacité de pêche sous‑déclarée.
Une fois publié, ce document pourra alimenter les discussions à Bruxelles et, potentiellement, déclencher des mesures de protection ciblées pour l’acoupa rouge, avant que la pression illégale ne rende la situation irréversible.
